Place du Molard

Première prédication des idées de la Réforme à Genève sur la voie publique

Aux environs du XVIème siècle, la place du Molard où accostent directement depuis longtemps les bateaux venant du lac, est le centre économique de Genève. C’est là que sont installés notamment les Halles et leurs entrepôts, les locaux de la douane, un bureau de change, un poids public, des hôtels, les échoppes des fripiers et nombreux artisans (drapiers, potiers d’étain, horlogers, etc.), des bancs d’écrivains publics et de notaires, des imprimeurs. Dès la belle saison, les patrons viennent y recruter leur main-d’œuvre saisonnière ; une fois embauchés les ouvriers sont alors dénommés les molardiers !

Les jours de marchés, l’affluence est si grande que les marchands disposent leurs bancs jusque sur les ponts sur la Rhône, au-delà de la Tour de l’Horloge qui, naguère, faisait déjà partie de l’enceinte de la ville, et sur les rues du côté opposé.

A l’angle de l’une de celle-ci, la rue de la Croix d’Or, s’élève la maison de Brandis, une auberge où quelques années avant 1536, date de l’adoption de la Réforme par le peuple de Genève (voir Maison Mallet) séjourne notamment un certain Antoine Froment (1508?-1581) originaire de Mens, dans le Dauphiné. Après avoir accompagné Guillaume Farel (1485-1565) dans la région de Neuchâtel, il arrive à Genève, et devient prédicant.

Et le premier janvier 1533, sur la place du Molard grouillante de monde comme à l’accoutumée, sont proclamées pour la première fois sur la voie publique les idées nouvelles de la Réforme. L’événement est dû à ce jeune pasteur âgé d’à peine 24 ou 25 ans, Antoine Froment.

Aujourd’hui, sur une des frises de La Tour de l’Horloge, on peut voir sept écussons symbolisant la Réforme et sur un de ceux-ci on reconnaît les armes d’Antoine Froment : une symbolique gerbe d’or sur fond d’azur.

A peine quelques mètres sur la gauche de la Tour, à l’entrée du passage du Rhône (numéro 4) des panneaux didactiques retracent l’histoire des Halles dès ses origines.

Développement historique

Biographie succincte d’Antoine Froment

Autour de 1532-1533, Antoine Froment épouse Marie Dentière (1495-1561), chassée du couvent dans lequel elle était prieure en raison de sa conversion aux idées nouvelles, puis devenue veuve après un premier mariage (voir Monument international de la Réforme).

A cette époque, Froment loge à la maison de Brandis, auberge sise rue de la Croix d’Or, connue pour accueillir aussi d’autres futurs réformateurs, comme Guillaume Farel et Pierre Viret (1509-1571). A peine arrivé à Genève, Froment placarde des avis aux carrefours de la ville annonçant qu’il veut enseigner à lire et écrire en français à tous ceux et celles qui voudront venir rue de la Croix d’Or. Son école se remplit rapidement. Outre la lecture et l’écriture, Froment y enseigne aussi les Saintes Ecritures. Les autorités n’ayant pas encore déclaré l’école obligatoire pour les garçons et les filles, celle de la Croix d’Or est fermée sur ordre des magistrats et Froment doit quitter Genève mais il revient peu après.

C’est ainsi que dès 1536, il prêche non seulement à Genève, notamment à Saint-Gervais, mais aussi dans le Chablais voisin passé aux idées nouvelles. Le couple Froment y réside et ouvre dans sa maison un pensionnat pour jeunes filles dans lequel il dispense un enseignement très complet, incluant l’apprentissage du grec et du latin.

Après des démêlés avec ses confrères de la région le soupçonnant de cumuler des activités strictement pastorales et commerciales, Froment revient à Genève où semble-t-il, Calvin et même Farel, n’apprécient pas toujours la liberté de parole de ses prêches ni les écrits de son épouse Marie Dentière relatant les événements survenus à Genève ou ses publications théologiques, alors qu’elles démontrent une grande érudition de leur auteure.

Néanmoins, sur recommandation d’un bourgeois de la ville nommé François Bonivard* les autorités chargent Froment de transcrire les Chroniques officielles de Genève. En 1553, il reçoit à son tour la bourgeoisie et s’installe comme notaire public.

La publication de ses propres souvenirs intitulés Actes et gestes merveilleux de la cité de Genève nouvellement convertie à l’Evangile sera d’abord interdite par les autorités, mais l’ouvrage pourra paraître l’année suivante.

Elu membre du Conseil des Deux-Cents en 1559, année où Marie Dentière décède, Froment se remarie mais il est bientôt banni de Genève pendant 10 ans pour cause d’adultère. Il part alors dans la région de Vevey et revient plus tard pour reprendre son étude de notaire jusqu’à son décès. 

* François Bonivard (1493-1570) est un patriote genevois, ennemi du duc de Savoie qui l’emprisonnera au château de Chillon (Vaud) en 1530; il sera délivré six ans plus tard par les Bernois.

1559, un collège et une académie…. pour les garçons seulement!

L’instruction élémentaire, déclarée obligatoire pour garçons et filles en 1536 lors de l’adoption de la Réforme se développe peu à peu en ville de Genève, par exemple à Saint-Antoine et dans les campagnes alentour (voir Cartigny château, Avully temple et Château de Lancy).

Une vingtaine d’années plus tard, le bâtiment de Saint-Antoine (aujourd’hui Collège Calvin) est réorganisé. Dans un premier temps on y donnera un enseignement secondaire et universitaire avec Théodore de Bèze (1519-1605) comme recteur.

Par la culture de la Bible et des bonnes lettres latines et grecques on y forme les jeunes gens, à la piété, au gouvernement civil, au ministère pastoral.

La classe commence à six heures en été, à sept heures en hiver et si l’on compte les sermons et les devoirs, on en arrive à un horaire qui fait dire à Théodore de Bèze, face au père d’un de de ses pensionnaires « je crains qu’il ne sorte jamais rien de bon de votre fils, car malgré mes prières, il ne veut pas travailler plus de quatorze heures par jour ».

En 1566, deux ans après la mort de Calvin, on compte déjà quelque 2000 étudiants à Saint-Antoine.

Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle que les jeunes filles pourront accéder à des études secondaires et universitaires (voir Université/Académie).

Toutefois celles qui ont la chance d’être nées dans une famille aisée ou d’intellectuels bénéficient d’une formation donnée par leur père ou par un précepteur (voir Grand Malagny).

(Sources et ouvrages consultés : Vivre à Genève autour de 1600, ouvrage collectif, éd. Slatkine – Dictionnaire historique de la Suisse – Archives Ville de Genève - Archives Femmes protestantes en Suisse)

Place du Molard
1204 Genève

En images




Bibliographie

  • Vivre à Genève autour de 1600 ouvrage collectif, éd Slatkine, 2006
  • Marie Dentière in Les femmes dans la mémoire de Genève du XVe au XXe siècle, collectif sous la direction d'Erica Deuber Ziegler et Natalia Tikhonov, Etat de Genève et éd. Hurter, 2005

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